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Tous les envols
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Fantaisies - 25.11.2008
Métro à l’eau de rose
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Une jeune femme est assise dans le métro et lit un roman. Un jeune homme s’approche et s’installe à côté d’elle.
Homme – Bonjour !
La jeune femme reste le nez plongé dans son livre.
Homme (se répétant, devant le silence prolongé de son interlocutrice) – Bonjour !
Femme (relevant enfin la tête) – Bonjour.
Homme – Il est intéressant, le bouquin que vous lisez ?
Femme – Ça dépend des passages.
Homme – Le passage que vous lisez en ce moment, il est comment ?
Femme – Ennuyeux.
Homme – Il raconte quoi ?
Femme – L’héroïne essaie de lire tranquillement dans le métro mais un jeune homme n’arrête pas de l’embêter. Vous voyez, c’est ennuyeux.
Homme – Pourquoi ennuyeux ? Peut-être que le jeune homme qui vient d’entrer dans l’histoire est un jeune homme fascinant !
Femme – En tous cas, il est irrespectueux. Il aurait pu demander l’avis de la femme, avant de l’interrompre.
Homme – Que voulez-vous dire ?
Femme – Il aurait pu lui demander : « Est-ce que ça vous dérange si je vous adresse la parole ? » au lieu d’embrayer directement sur : « Il est intéressant, le bouquin que vous lisez ? »
Homme – Vous croyez qu’il aurait eu plus de chance, dans ce cas ?
Femme – Comme je vous le disais, le livre était ennuyeux à ce moment-là.
Homme – Alors ce serait uniquement pour une question de politesse que l’héroïne poursuivrait son chemin sans lui ?
Femme – Non. C’est parce qu’elle pense : « Ils sont tous les mêmes. Ils s’installent comme si l’espace leur appartenait, sans nous demander notre avis. »
Homme – Oh ! Elle a son franc-parler, cette héroïne !
Femme – Vous savez, si l’héroïne ne vous plaît pas, vous n’êtes pas obligé de lire le livre.
Homme – C’est plus fort que moi. Dès que je commence une histoire, je veux connaître la suite.
Femme – Vous voulez la suite de cette histoire ?
Homme – Oui, livrez-la moi.
La jeune femme referme brusquement et rageusement le livre. On entend un grand « clac ».
Femme – Et voilà, fin de l’histoire !
Homme – C’est brutal, comme chute.
Femme – C’est de la littérature moderne.
Homme – Et maintenant, je suppose que les personnages doivent s’évaporer dans les airs jusqu’à ce qu’un autre auteur fasse appel à eux.
Femme – Avec un peu de chance, il y aura un auteur plus disponible dans la rame suivante.
Homme – Mais c’était cette histoire que je voulais lire !
Femme – Dommage qu’il n’y ait eu personne pour l’écrire.
Homme – Dites-moi... C’est ce livre en particulier qui vous ennuie, ou vous n’avez de toute façon jamais aimé les romans ?
Femme – Quand l’intrigue se déroule dans le métro, j’aime que tout soit bouclé en trois pages.
Homme – Vous croyez qu’on ne recontre les meilleurs livres que dans les bibliothèques ?
Femme – Je crois qu’un livre dont le début est ennuyeux sera ennuyeux tout le temps.
Homme – Mais certains auteurs ont besoin de plus de quelques pages pour camper les personnages. Ils ont besoin de se sentir à l’aise avant de révéler le meilleur de leur talent.
Femme – Et le moyen le plus efficace de présenter un héros, c’est de le décrire dans le métro ?
Homme – Pourquoi pas ? Si le métro n’est pas trop bondé, s’il est aérien, si le soleil brille par la fenêtre, éclaire le compartiment et dépose sur la chevelure de l’héroïne des reflets dorés...
Femme – Oh non, hélas ! Je me suis fait piéger dans un roman à l’eau de rose.
Homme – Vous préférez un roman d’aventure ? Un roman d’espionnage ? Un roman historique ? Un roman de science-fiction ?
Femme – Ca dépend. Dans lequel de vos romans l’héroïne a le plus de chance d’être enfin tranquille ?
Homme – Vous êtes dure avec les auteurs !
Femme – Je suis dure quand le scénario manque d’imagination.
Homme – Mais enfin ! Une rencontre ! Il n’y a pas dix mille manières de raconter ça. Ca se passe toujours de la même façon.
Femme – Eh bien justement ! Soyez original. Imaginez une héroïne qui ne rencontre personne.
Homme – Et que devient le héros ?
Femme – Il quitte le livre. Il en a déjà suffisamment pour lui, il peut bien lui laisser celui-là.
Homme – Et que devient l’héroïne ?
Femme – Elle vit sa vie. Elle lit des livres. Elle prend le métro. Elle se rend compte que sans l’ombre du héros, l’intrigue peut enfin lui appartenir... Et vous savez quoi ?
Homme – Quoi ?
Femme – Elle met un point d’honneur à mettre elle-même fin à l’histoire.
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