Hongrie 2008, épisode 10 sur 50.
![]() Prêt-e-s pour la montée ? Moi, je ne suis pas si sûre. Il est à peine dix heures du matin et la chaleur est déjà insoutenable - plus de 30 °C, largement. Il fait si chaud que j’ai l’impression d’être un personnage de Tex Avery : ce renard ou ce chien qui reçoit une volée de balles ou tombe sur un râteau, avale goulûment le contenu d’une bouteille pour se désaltérer, et constate que l’eau ressort directement par les trous qu’il a dans le corps. C’est exactement le même phénomène quand je bois. Immédiatement après, le liquide me dégouline dans le dos sous forme de sueur, à se demander si mon organisme n’a pas créé un raccourci spécial Hongrie entre mon estomac et mes glandes sudoripares. Je passe mon temps à boire, à boire, à boire. (J’ai soioioioif !) Tous les matins avant de partir en vadrouille, mon premier geste est d’aller acheter une bouteille à la petite supérette du coin de la rue, laquelle bouteille est vide à midi. D’ailleurs, j’en profite pour vous révéler une info nationale top secrète : en Hongrie, sur les bouteilles d’eau minérale en plastique, bouchon rose signifie eau plate, bouchon vert signifie eau peu gazeuse et bouchon bleu signifie eau très gazeuse. Mais attention, la couleur du bouchon n’a le plus souvent rien à voir avec la couleur de la bouteille, rose, bleue ou verte, elle aussi. (Ca aurait été trop simple - et pas assez hongrois - si les bouteilles avaient été d’une autre couleur, disons jaune, ou carrément transparentes.) Ainsi, une bouteille bleue, mais à bouchon rose, est une bouteille d’eau plate. Vous me suivez ? (Testez votre QI hongrois : qu’y a-t-il dans une bouteille rose à bouchon vert ?) Et pour les petit-e-s malin-e-s qui me rétorqueraient que, puisque je veux apprendre le hongrois, je n’ai qu’à lire l’étiquette, j’ajouterai simplement que « eau minérale » se dit « ásványvíz » (vous avez bien vu : c’est un í et pas un i), que « gazeuse » se dit « szénsavas » (prononcer céne-chat-vache avec un son a plus proche du o de cloque que du a de claque) et que « plate » se dit « szénsavmentes ». Pardon, mais retenir köszönöm (prononcer keusseuneum), qui veut dire merci et qui est déjà bien compliqué, c’était plus urgent ! Mais revenons, après cet interlude minéralo-aquatique, au soleil implacable qui nous guette, côté Buda, du haut de la colline du château (Várhegy). Car c’est là que S. et moi nous rendons (départ face au pont aux chaînes), dans un funiculaire mignon tout plein, rempli à bloc de touristes. Petit à petit, la vue sur le pont aux chaînes se précise (en arrière-plan : la cathédrale Saint-Etienne). ![]() Et puis c’est l’arrivée. Rhammm... Vingt mille tonnes de soleil en plein sur le dos, dans la figure, dans les yeux et dans l’objectif de l’appareil. On se faufile de refuge en refuge au pied du château, on slalome de fontaine (un peu de vapeur d’eau !) en colonne (un peu d’ombre !) en arbre (un peu de fraîcheur !). J’avais l’espoir de souffler à l’intérieur du château, mais il n’y a rien à visiter en termes de château, tous les bâtiments de celui-ci ayant été reconvertis en musées : la Galerie nationale hongroise (Magyar Nemzeti Galéria) et le Musée d’histoire de Budapest (Budapesti Történeti Múzeum). Tant pis ! Courage ! Arpentons les jardins. ![]() ![]() Dans ces jardins, une fois encore, de nombreuses statues toutes plus expressives les unes que les autres. (Je leur consacrerai un épisode spécial de mon récit.) Mais la surprise, c’est que, de l’autre côté du château, nous pouvons enfin apercevoir les quartiers de Buda (invisibles depuis Pest puisque masqués, justement, par cette colline du château) : toujours des collines, toujours beaucoup de verdure, et des habitations nichées entre les arbres, çà et là. Ca va, il y a de la place, elles ne se marchent pas les unes sur les autres ! De notre nouveau point de vue, nous réalisons à quel point Budapest est immense. Parce que Pest est déjà très étendu (comme nous avons pu le constater du haut de la cathédrale, par exemple) alors si on lui ajoute toutes ces collines et toutes ces petites maisons qui s’en vont à perte de vue, ça en fait, de la superficie ! Après un tour complet du château (y compris dans une cour carrée sans issue, mais je suis une touriste consciencieuse !), nous repartons vers le nord, via l’inévitable allée bordée de cahutes à touristes (verroterie, cartes postales et vendeurs alpagueurs). Juxtaposé au château, se trouve un minuscule (et ancien) quartier dont nous arpenterons principalement deux rues : Uri u. et l’allée, parallèle à Uri u., à flanc de colline et bordée d’arbres, qui donne sur Buda. Dans Uri u., multiples façades décorées, maisons très très anciennes et cours intérieures subrepticement découvertes (cf. photo ci-après). Dans l’allée bordée d’arbres, fraîcheur, vue dégagée et bancs où se reposer quelques minutes. ![]() Au bout d’Uri u., la colline redescend à pic vers le nord. Dernière étape monumentesque avant les chemins en pente raide et les escaliers tournoyant dans les jardins : l’église Saint-Mathias (Matyas templom) et le Bastion des pêcheurs (Hálaszbástya). Grâce à la photo numérique et au recadrage, je pourrais tenter de vous mentir et vous faire croire que l’ensemble a l’air de ça : ![]() Mais en fait, la triste vérité, c’est que lorsque nous y étions, c’était plutôt ça : ![]() A croire que la ligne 4 du métro va passer sous cette église ! Des marteaux-piqueurs, des palissades, de la poussière et des toiles tendues partout, tant et si bien que nous avons presque cru que l’église était fermée pour de bon. On pouvait finalement y entrer, mais par un couloir minuscule laissé libre entre un chantier et une bétonneuse. Entre l’église et le bastion, c’était tout un embrouillamini de touristes, d’adolescent-e-s en visite scolaire, d’ouvriers en veste de travail, de musiciens, de conducteurs de pelleteuse et de vendeurs et vendeuses de trukatouristes. A l’intérieur de l’église Saint-Mathias, comme dans la cathédrale, j’ai surtout été captivée par les couleurs des piliers et des murs. Il y a tellement d’églises dont les seules touches un peu chatoyantes sont les vitraux. Ici, c’est peint absolument partout ! ![]() ![]() ![]() Après nous en être mis plein les mirettes (et avoir bien soufflé au frais !), nous sommes repartis vers de nouvelles aventures par les rues qui dégringolent de la colline. Hasard de nos pérégrinations, des infos données par le Guide du Routard et des heures d’ouverture des restaurants, nous avons atterri dans une crêperie minuscule, si construite en hauteur qu’il n’y a guère plus de trois tables par étage (j’exagère à peine). Au milieu de l’escalier, une échelle à trois barreaux qui bifurque sur la gauche permet d’accéder à une table isolée, installée sur un étroit plancher d’entresol. Lieu original, pour sûr ! Mais du premier étage, la seule vue qu’offrent les fenêtres est celle... d’une station-service. Et les crêpes - pourtant à multiples garnitures paraissant appétissantes même en hongrois - se révèlent odieusement réchauffées (je sors la crêpe du frigo, je l’étale sur l’assiette, je sors la garniture de sa boîte de conservation, je l’étale sur la crêpe, je replie la crêpe, je mets au micro-ondes). Mouais. Architecturalement sympathique, cette crêperie ne méritait tout de même pas l’un de mes épisodes culinaires. |
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