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Nouvelles - 26.06.2007

Voix d’ombres (1)
(JPG)
© André Gailliard


J’ai toujours été vive et mobile alors c’était logique que je choisisse la filière sport. Par mimétisme, parce que c’était ce dont tout le monde parlait, j’ai pris option foot. Et je me suis mise à rêver de première division, de Parc des Princes, de Stade de France, des milliers de caméras que l’on braquerait sur moi, des journalistes qui intervieweraient mon joueur. Je me suis accrochée, j’ai beaucoup travaillé, j’ai franchi les échelons. Mais rapidement, j’ai déchanté. D’abord, quand vous bossez pour un joueur de foot célèbre, il faut que vous fassiez équipe avec trois collègues. Pas moyen de vous en débarrasser : la plupart des matchs ont lieu le soir, sous les projecteurs, alors vous vous retrouvez à quatre à lui tourner autour. Et puis les journalistes, finalement, c’est insupportable. Ça vous marche dessus sans crier gare, ça ne fait même pas attention à vous, comme si vous n’y étiez pour rien, comme si ce n’était pas grâce à vous que les plans larges de début de match sont spectaculaires.

En désespoir de cause, je me suis réorientée vers l’athlétisme. Ca se passait plutôt bien mais les aléas de la vie ont fait que je me suis retrouvée au service d’une lanceuse de marteau. Une fois de plus, mon travail est devenu pénible : le poids au niveau des pieds, qui vous ancre dans le sol aussi fort que si vous travailliez pour un mur ou pour une grille… et surtout, les tours ! C’est que ça tourne pour prendre son élan, une lanceuse de marteau, ça tourne, ça tourne, plus le tir est bon et plus ça tourne ! Certes, ça ne dure que quelques secondes, mais à la fin de chaque lancer, j’avais le mal de mer, moi qui avais justement refusé de m’orienter vers le patinage artistique pour cette raison ! Heureusement, ma lanceuse sortait à cette époque avec un jeune joueur de tennis plutôt prometteur et son ombre à lui en avait marre de la terre battue, parce qu’à chaque fois qu’il jouait, elle se prenait une poussière dans l’œil. Un soir qu’ils étaient endormis, on a donc échangé nos postes. Et voilà comment j’ai atterri ici, à Roland Garros, sur le court Suzanne Lenglen. J’adore le tennis. D’abord, les joueurs sont en l’air la plupart du temps, surtout le mien, c’est un attaquant, il adore les enchaînements service-volée. Lorsque leurs pieds cessent de toucher le sol, on en profite pour se détendre, s’étirer, s’assouplir, entretenir notre forme svelte et bien dessinée, et photogénique, ça ne gâche rien. Ensuite, contrairement au foot, on est seule, on travaille en toute indépendance. Enfin, d’un point de vue strictement professionnel, c’est plus gratifiant de travailler avec le soleil que de travailler avec la lumière artificielle.

Quand j’en aurai assez et que sera venue l’heure de prendre ma retraite, je pense que je me chercherai un gentil sportif plus âgé, qui pratique une activité tranquille. Un joueur de pétanque, un randonneur, un adepte du tai-chi-chuan... Quelqu’un qui me donnera de multiples occasions de m’allonger à ses pieds le long d’un banc et de profiter en toute quiétude du temps qui passe… Puis, un jour, quand j’aurai décidé que j’ai assez porté, je dirai au revoir à mes congénères et je disparaîtrai doucement, sans bruit, à midi pile.


 
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